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Un entretien au sujet de "Mexico dans la nuit"

Publié le par Nathan Berghen

 

 

Mon ami, le journaliste et poète mexicain Alvaro Marqués, a eu la gentillesse de m'interviewer à propos de ce livre sorti au mois de juin, lors de son passage à Paris. Je le remercie vivement.

 

 

Alvaro Marqués : À lire le roman, on a l’impression d’un texte qui a mûri longuement. Vrai ou non ?

Nathan Berghen : Oui, tu ne crois pas si bien dire. J’ai gardé une quinzaine d’années ces textes dans mes cartons. Et puis la volonté d’achever le récit m’est revenue, au cours de ce début d’année 2018. J’ai repris la trame générale en la simplifiant un peu. J’ai remanié et retravaillé l'écriture des six premiers chapitres et j’en ai ajouté deux autres sur les quatre qui étaient encore prévus dans le plan d’origine. Comme tu le sais, les faits qui sont évoqués remontent à la fin du siècle dernier, aux années 1990 donc, même si la datation précise est volontairement laissée dans le flou. Cela fait du temps.

 

AM : La construction que tu as retenue aboutit à un récit à plusieurs voix. Qui fait que le lecteur est tour à tour Nathan, Ann, Bob… Tu y tenais ?

NB : Oui. Pour moi, c’est une des manières possibles de restituer l’enchaînement complètement improbable des faits et des gens qui constitue, au quotidien (au ras des pâquerettes du quotidien, je veux dire), notre commune existence. Et aussi une manière de dire que nous ne sommes pas une seule personnalité ou un seul sexe mais plusieurs.

 

AM : Et aussi de dire que la fiction, c’est une affaire de jeux identificatoires, non ?

NB : En effet. Les théories de la lecture soulignent d’ailleurs de plus en plus cette dimension du plaisir de s’abandonner à un récit. Bien sûr, l’utilisation de la première personne ou de la deuxième personne du singulier renforce encore l’association de celui qui lit le livre aux personnages qui évoluent dedans. Mais ordinairement, il n’y a qu’une seule voix narrative qui dit « je » ou qui dit « tu ». Dès lors qu’il y en a plusieurs, ce jeu identificatoire est disputé, mais cela ne veut pas dire qu’il devient impossible, au contraire. J’imagine qu’en fonction de ses inclinations mais aussi peut-être tout bonnement des circonstances, le lecteur/la lectrice va pencher tour à tour pour privilégier le point de vue de celui-ci ou de celui-là. À moins qu’au contraire, ce qui la retienne, ce soit justement ce basculement.

 

AM : Il y a aussi parfois la troisième personne du singulier.

NB : Oui, afin d’arriver à une approche plus distanciée de ces mêmes personnages par les yeux desquels, quelques lignes plus tôt, on voyait, on percevait, on parlait. Ce n’est pas fait pour améliorer le confort de lecture, mais c’est à dessein. Quant à la question de prêter une voix à des personnages des deux sexes, c’est aussi un choix supposé travailler au plaisir et simultanément à l’inconfort de l’acte de lecture.

 

AM : Sans parler de l’attraction des sexes qui est présente pratiquement pour tous, au fil de la narration, à l’occasion de tel incident ou réminiscence – hétéro ou homosexuelle parallèlement.

NB : Oui, en effet, quoique peut-être moins pour Nat et Marc que pour Ann et Bob, mais sinon, tu as raison. La sexualité est omniprésente et protéiforme, de toute façon, alors même que tous les personnages ne sont pas au même titre les uns que les autres des créatures désirantes. Chez les uns, la tentation est plus intellectualisée, chez les autres elles est plus brute de fonderie, si tu me permets l’expression. Comme le dit l’un des narrateurs : une aventure, un moment de plaisir, une illusion de passion, et après ? … ce ne sera « qu’un élément de plus dans un dossier déjà bien chargé ». Mais cela m’intéressait surtout de renverser sans cesse les points de vue, de façon à ce que le désirant devienne le désiré et inversement, et que personne ne se trouve enfermé dans une seule position.

 

AM : Il y a aussi une instabilité voulue dans l’utilisation que tu fais des langues.

NB : C’est en effet un jeu de bascule qui est essentiel au fonctionnement du livre. Tous les personnages, d’une quelconque manière, sont en exil, ils ont fui quelque chose même s’ils ne savent pas quoi précisément (ou pour certains, ils ne le savent que trop bien mais le lecteur n’est pas supposé le découvrir si aisément ; sinon il n’y aurait pas de narration). Ils sont à Mexico mais simultanément ils fréquentent la communauté de leur pays d’origine, de même qu’ils interfèrent et interagissent avec les personnages qui sont mexicains. Le passage d’une langue à l’autre traduit leur dépaysement, leur incertitude sur le lieu où ils sont vraiment. Impossible de savoir si c’est un port ou un point de passage. Bien sûr, c’est en résonance avec la profession de traducteur qui est la clé de l’entreprise existentielle et professionnelle de Marc Dansky, le personnage dont la disparition déclenche le récit... Entre le français, l’espagnol et l’anglais, un petit peu l’allemand aussi. Et puis cela va même plus loin, puisque cette instabilité touche tout le monde au-delà du langage, jusqu’au plus profond de l’identité. Ann est une Anglaise, mais qui a grandi en France, et elle est vue par les autres comme une Française portant un nom et un prénom anglais – avoue que c’est bizarre !... Mia et Nelson sont mexicains mais portent des prénoms anglo-saxons (phénomène fréquent là-bas, par parenthèse, et qui traduit un certain écartèlement entre la culture nationale et la culture US). Ascott est québécois et francophone mais son patronyme est d’origine anglaise et on utilise le plus souvent le diminutif, « Bob », de son prénom, « Robert ». Et quant à Nat Milner, il pourrait être aussi bien suisse ou américain que français, si on se fiait juste à son nom. Il travaille d'ailleurs avec des yankees.

 

AM : À ce propos, une chose. Le fait d’avoir donné ton prénom à l’un des personnages, c’est une manière de dire qu’il est ton double davantage que les autres ?

NB : Je n’en suis pas certain, ou alors si c’est le cas, c’est à mon insu. Ses occupations professionnelles ne correspondent guère aux miennes. Ceux qui me connaissent ne m’imagineraient pas facilement dans les bureaux d’un cabinet d’avocats d’affaires américain. C’est davantage Bob Ascott qui me « correspondrait » (mais je mets des guillemets), en termes de spécialisation, puisqu’il est comme moi dans une discipline de sciences humaines, de SHS comme on dit volontiers aujourd’hui. Son tempérament n'est pas non plus sans analogie… Mais bien sûr, cela pourrait n’être qu’une manière de brouiller les pistes.

 

AM : Il y a aussi des histoires dans l’histoire, je veux dire des pistes que tu esquisses mais que tu ne prolonges pas. Je pense à la relation entre Nat et la bibliothécaire, sur laquelle il tire un trait d’un bref coup de fil passé à ses bureaux, à la fin, alors qu’elle n’a pas démarré. Ou bien la relation entre lui et Mia, ou entre Bob et Mia, à propos desquelles le lecteur ne possède pas le fin mot.

NB : Oui. Je crois que la manière que j’ai choisie d’approcher la fiction nécessite que tu saches t’arrêter à temps, que tu saches ne pas trop en dire. Ce n’est pas pour le plaisir de faire des mystères et de brouiller les pistes, au sens où ça frustrerait l’attente du lecteur. Car on n’est pas un mécanisme de dévoilement de la vérité, comme dans un roman policier, et on n’est pas non plus dans une confession qui reposerait sur un pacte de confiance (de toute façon, on sait ce que ça vaut, dans l’autobiographie !). J’aime particulièrement le personnage de Mia, et je n’ai pas voulu lui créer un cadre trop contraignant : chacun sera libre de décider si elle a été liée ou non aux deux héros masculins, c’est mieux ainsi. J’ai ma petite idée, mais quelle importance ? Ce qui compte, c’est qu’il n’y ait strictement aucun indice, aucun élément semé quelque part dans le récit qui permette de le déterminer, mais qu’il y ait suffisamment de choses pour que la question soit posée.

 

AM : Moi qui m’occupe de poésie, j’ai été particulièrement intéressé de l’utilisation que tu fais de Catherine Pozzi. Elle est présente dans l’exergue (quatrième strophe de « Vale ») et au dernier chapitre (dernière strophe de « Nyx »)

NB : Bien que je ne sois pas moi-même traducteur, je m’étais essayé à la transposer en espagnol autrefois, sans y réussir bien sûr, car comme le dit Ann dans le récit, cela a les apparences de la simplicité mais c’est d’une redoutable difficulté. C’est aussi une invitation à la découvrir, pour ceux qui ne la connaîtraient pas : moi, je ne l’avais pas lue avant l’âge de 25 ou 30 ans, je crois, tellement on en parle peu et tellement, dans les manuels et dans les anthologies, sa place est volontairement réduite. Pour moi, c’est tout simple, elle représente le sommet absolu de la poésie française. J’admire aussi le fait que toute une œuvre aussi immense tienne en si peu de place. Six poèmes. Personne ne s’est élevé aussi haut, ni Hugo, ni Baudelaire, ni Rimbaud, et personne ne pourra plus le faire.

 

AM : Et pourquoi maintenant ? Je veux dire : pourquoi avoir achevé ce livre maintenant ?

NB : Ce n’est pas simple de te répondre. Comme je te le disais tout à l’heure, quand tu as porté quelque chose 15 ans durant, sans le faire aboutir, et puis que tout à coup cela t’apparaît comme une évidence que tu dois le mener à bien et même comme une urgence, tout indique que quelque chose s’est produit. Appelons cela un déclic, pourquoi pas, le mot ne me gêne pas. Resterait à savoir de quoi il est fait. Mon analyste aurait peut-être un avis ? Mais tu sais bien que je ne mange pas de ce pain-là.

 

AM : En effet. Il faut donc que tu réfléchisses tout seul à la question, mais c’est mieux ainsi, non ?

NB : Tout à fait. J’aurais tendance à penser qu’il s’agit de quelque chose de plus global que ce livre lui-même. D’une manière de m’assumer ou de demander à être reconnu comme auteur que j’ai longtemps étouffée, ou peut-être même déniée, avec la bénédiction de mon entourage d’ailleurs, qui ne souhaitait pas me voir ainsi et qui préférait que je reste dans les clous d’un parcours académique ordinaire. Et dès lors il y a cette interrogation qui tout de même ne te lâche pas lorsque tu es auteur (tu le sais mieux que moi !) : est-ce que cette voix portera, est-ce que sa singularité telle que tu la vois, toi, sera entendue ?

 

AM : Sans doute, mais pourquoi l’urgence ?

NB : Peut-être du fait d’un sentiment d’inutilité et de vanité qui est devenu un fidèle compagnon au cours de l’année écoulée. Comme une forme de dépression, ou d’intuition de la fin imminente de quelque chose.

 

AM : Tu exagères, non ? À ton âge et dans ta position ?

NB : Non, je n’exagère pas, je ne crois pas. Par ailleurs, c’est certain que le sentiment d’urgence à terminer maintenant avait aussi quelque chose à voir avec l’éloignement des faits. Il m’est arrivé de retourner là-bas, certes, mais je n’ai plus revu le Mexique depuis presque vingt ans à présent ! Et tant de choses se sont passées depuis les années 1990 dont je n’aurai pas été témoin direct : je pense à la rébellion zapatiste, à laquelle une allusion prémonitoire, en quelque sorte, est faite dans une scène du chapitre 5, et puis aussi à la défaite électorale du PRI qui a conduit aux mandats de V. Fox et de F. Calderon – à l’époque, on la sentait toute proche, cette défaite, bien sûr, mais on ne l’avait pas vue advenir : en 1988, il y avait eu de grosses manipulations électorales au bénéfice du candidat priista, Salinas. Et puis toute cette montée de la violence, avec la lutte contre le narcotrafic, tous ces cartels dont l’influence a grandi démesurément par rapport à l’époque où j’étais sur place. Peut-être j’ai eu peur d’être déphasé, d’être si loin que je ne pourrais plus… 

 

AM : Mais pour autant tu ne sembles pas voir cette époque avec nostalgie. Les problèmes du pays ne sont plus tout à fait les mêmes, mais (pour reprendre une de tes expressions) le dossier est très très chargé, autant qu’autrefois en tout cas.

NB : Non, pas de nostalgie par rapport à cela, bien sûr, mais c’est aussi une manière de dire qu’une page s’est tournée, qu’une époque est close. J’ai été frappé de voir que, sans que je l’aie du tout prémédité, l’achèvement du livre a quasiment coïncidé avec les élections présidentielles mexicaines, le 1er juillet 2018, et donc avec l’avènement de Lopez Obrador, qui est tout de même une alternative au pouvoir des priistas et des panistas [les partisans du Parti révolutionnaire institutionnel, ou du Parti d’action nationale], tous ces gens qui ne sont pas ménagés dans le livre, car à mes yeux ils représentent le visage le plus sombre de la société mexicaine–, mais ça tu le sais aussi bien que moi.

 

AM : Pas de politique, s’il te plaît ! (rires)

NB : Il y a peut-être aussi des facteurs plus ponctuels que personnels. Par exemple le fait que l’ami qui a inspiré le personnage de Dansky s’était un peu effacé… Pas de mes souvenirs, bien sûr, mais disons qu’il avait peut-être dérivé un peu à l’écart du cours de ma vie, et que de manière assez inattendue, il y a été ramené par des rencontres récentes que j’ai faites. Avec sa fille notamment (car contrairement au personnage du livre, il a eu une descendance). Tu m‘excuseras de n’en pas dire plus.  

 

AM : Donc il y aurait bien dans ton système des personnages une forme de nostalgie, par rapport aux gens ? Tu ne revendiques pas l’appellation de « récit autobiographique », ni encore moins d’autofiction, je crois, mais tu ne caches pas qu’il y a une dimension personnelle dans Mexico dans la nuit.

NB : Non, je ne le cache pas, parce que, je vais te dire, c’est une question de regard sur le passé, de comment et quoi faire face à la mémoire. Au départ, le livre était comme une forme d’hommage ou de mémorial à un ami cher, mort trop tôt, de manière complètement imprévisible. Mais ensuite, du fait qu’il n’est présent qu’à travers le souvenir des autres, il n’était possible de donner consistance à un tel récit – à supposer que j’y aie réussi, je n’en sais rien – que si les autres personnages vivaient d’une existence assez riche pour être amenés à l’évoquer.

 

AM : Maintenant, on sait bien qu’un personnage, ce n’est jamais la transposition bête et méchante d’une créature de chair. Il télescope des âges, des versants de personnes et de personnalités forcément différents, et tant mieux d’ailleurs.

NB : Oui, exactement. C’est particulièrement vrai pour les miens ! Mais je ne veux pas en dire plus là-dessus, parce que cela m’amènerait vers des événements et des rencontres encore très frais, très récents – qui se sont glissés là sans que je l’ai prémédité mais parce qu’ils et elles m’habitent, m’ont investi complètement. Ma vie des toutes dernières années affleure dans plusieurs pages du livre, notamment les derniers chapitres, pour moi c’est manifeste. Le personnage de Marc Dansky est une illustration de ce que tu dis, en fait : c’est la trace qu’il a laissée qui est en question tout au long du récit, et cette trace, justement, ce ne sont pas seulement des manuscrits, des traductions, des travaux d’importance indiscutable, ceux dont il est longuement question au chapitre 8. C’est aussi une histoire d’interactionnel ou de relationnel : un tel le voit comme ceci, alors qu’un autre l’a compris comme cela. Mentor, confident, ami, recours, adversaire, simple connaissance ou tentation, il est demeuré présent au monde à travers toute sorte de choses qui ont relevé de l’interpersonnel.

 

AM : Justement, tu parlais de la volonté de ressaisir un passé révolu, mais il ne s’agit pas tellement du temps social d’une époque, plutôt d’une interaction entre des personnes dans un lieu et un âge donnés.

NB : Pour te dire la vérité, j’ai souvent pensé à Bassani. J’ai relu le livre, Le Jardin des Finzi-Contini, revu le film qui en a été tiré (j’en ai causé dans ce blog, d’ailleurs). Depuis longtemps, dit-il au début, je souhaitais écrire sur les Finzi-Contini, et sur la petite société juive du Ferrare de sa jeunesse, que les persécutions de la seconde guerre mondiale ont fait disparaître à jamais. Mais voilà, justement : il le souhaitait, mais la nécessité ne s’imposait pas non plus à lui. Ou bien alors le « moment » n’était pas encore advenu où il pourrait le faire d’une manière complètement réconciliée, qui sait ?... Et j’ai toujours à l’esprit cette phrase qui clôt le livre pour dire qu’il y a mis « le peu de choses que le cœur a été capable de se rappeler ».

 

AM : Puisque tu parles du judaïsme, j’ai remarqué pour ma part qu’il jouait un rôle important dans le récit. À travers certains personnages notamment, qui s’y rattachent de façon plus ou moins explicite.

NB : En effet. C’est un moyen d’installer dans l’esprit du lecteur cette question du temps – à la fois celle de la transmission qui doit se faire malgré tout et celle de la rupture irrémédiable sous la menace de laquelle on est toujours. Une chose m’avait frappé au Mexique, c’était l’indifférence complète de la masse des gens vis-à-vis d’éléments qui, à nous Européens, nous semblent fondateurs d’une identité collective : la seconde guerre, la Shoah... Pour la société mexicaine, cela ne représente pour ainsi dire rien – c’est un regard d’Amérique latine, et non d’Amérique anglo-saxonne. Mais c’est vraiment déconcertant. Cela donne une résonance particulière aux personnages secondaires du récit qui se rattachent au judaïsme, qui se retrouvent doublement ou triplement exilés, et otages malgré eux d’une histoire collective, aussi.

 

AM : Par ailleurs, pour ce qui est de moi en tout cas, j’ai senti la tendresse que tu portais à tous ces personnages et je l’ai partagée.

NB : Oui, et je te dirais même que si j’en ai la force, j’espère même pouvoir leur redonner vie et faire voir au lecteur ce qu’ils sont devenus, ou disons mieux ce qu’est devenue la petite lumière d’espérance qu’Ann et Nat portent, entre eux, tout à la fin. Je tenais beaucoup à conclure de cette manière, non pas à travers un happy ending classique (c’aurait été absurde) mais plutôt en laissant entrevoir une lueur à travers une porte entrebâillée, disons-le comme ça. 

 

AM : En même temps, on a compris qu’ils partaient, qu’ils s’arrachaient de Mexico, si tu veux, mais accompagnés d’une espèce de malédiction. « Le monde vous fera payer cet amour : non pas pour les circonstances poisseuses où il est né, mais pour la façon dont vous aurez besoin de solliciter sa reconnaissance et de demander à être absouts ». C’est ce que dit Bob Ascott.

NB : Sans doute, et même je dirais que l’attitude d’Ann dans toutes les dernières scènes laisse penser que l’espoir qu’ils aillent au terme de leur histoire est assez ténu. Son engagement à suivre le mouvement et à rentrer avec Nat sur le Vieux Continent, je l’ai d’ailleurs voulu assorti de réserves, ou du moins sans grande assurance. Mais l’important n’est-il pas qu’elle le suive, à ce stade ?

 

AM : Une manière de dire que tout n’est pas perdu, donc ?

NB : En effet, et c’est également le double sens du titre. Mexico dans la nuit, c’est-à-dire un lieu, une sorte de ville-monde et de ville-monstre d’où on sort pour aller vers le jour, comme les deux héros dans leur avion au-dessus de l’Atlantique, à la fin, mais aussi une façon de dire que tous ces moments vécus dans cette ville, ces paroles, ces rêves, ces gens, on sait bien que tout cela est aujourd’hui précipité dans la nuit du temps : et pourtant, dans cette obscurité si épaisse, tout ne s’est pas irrémédiablement perdu.

  

 

 

Mexico dans la nuit

216 p., 19€ (à commander aux éditions du bourg, 52 av. de la République, 92120 Montrouge ou sur le site www.editionsdubourg.com)

ISBN : 978-2-9561229-75

En version kindle sur  www.amazon.fr/dp/B07DWH25GD 

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